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Publié le 29 juin 2026
Ça y est. On y est. Hélas.
La seconde vague de chaleur que nous redoutions après celle de mai (voir notre actualité du 31 mai) a tout renversé sur son passage.
Les premières victimes ont été les climatosceptiques de tout poil qui considéraient que ces vagues de chaleur n’étaient que des aléas malheureux se produisant selon un cycle régulier. Ils ont été renvoyés à leur statut d’ânes batés et de crétins dangereux.
Les secondes victimes sont ceux qui sur ce sujet comme sur d’autres clâment « qu’il faut donner le temps au temps » et que la profession va s’adapter. Ils oublient simplement qu’on ne négocie pas avec le climat et que la catastrophe qui s’annonce avait été parfaitement anticipée par les scientifiques et par ceux qui considèrent que défendre la planète et la rivière doit être un objectif à l’action publique et privée. Et pourtant rien n’a bougé.
Le climat s’est emballé encore plus tôt que prévu.
En cette fin juin tous les tristes records de chaleur diurnes et nocturnes sont tombés. Mais traditionnellement ce sont les mois de juillet et d’août qui sont les plus chauds et secs. C’est avec une réelle angoisse que se profile l’été sur des écosystèmes qui sont déjà à bout se souffle. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines car le stock de chaleur capitalisé par l’océan devra bien être restitué sous une forme différente au cours de l’été puis à partir de septembre : pluviométrie exceptionnelle et concentrée sur quelques quarts d’heure, orages phénoménaux.

La situation actuelle est celle qui avait été envisagée dans le scénario le plus pessimiste en 2050. C’est dire la gravité de la situation.
Un mode de développement totalement inadapté.
Le nouveau paradigme climatique rebat toutes les cartes et repose totalement la question de l’adaptabilité notre modèle de développement.
. La concentration de la production animale en fermes-usines ultra intensives fortement consommatrices d’eau et d’énergie est spectaculairement vulnérable à un climat chaud et sec. Outre une mortalité dans les élevages, la production animale ne tardera pas à se trouver en compétition avec les besoins de la population. C’est un phénomène qui pourrait survenir au cours de ces prochaines semaines.
. La déstructuration des maillages bocagers est tout aussi spectaculairement aggravante pour les épisodes orageux intenses qui accompagnent ces vagues de chaleur. Les rivières se transforment en fleuves de boue balayant tout sur leur passage.
. Les flux de matières organiques issues des épandages et les molécules chimiques pour le traitement des cultures ont leurs effets démultipliés par eaux chaudes et basses. Absorption de l’oxygène dissous et toxicité chimique pour les poissons, difficulté à abattre les taux de polluants moléculaires pour l’eau potable.
Quelle contribution pour notre association ?
Et maintenant ? Comment l’AAPPMA de l’Elorn, une organisation de plusieurs centaines sociétaires, profondément en prise sur son territoire, peut-elle s’inscrire dans le débat citoyen et dans l’action ?
Elle le fait déjà depuis longtemps au moyen d’une défense opiniâtre de la qualité des eaux et des poissons par un recours aux tribunaux chaque fois que s’exprime un cas de délinquance écologique : pollution, braconnage, altération des écosystèmes.
Elle le fait également en tirant la sonnette d’alarme lorsque le bon sens fait défaut et risque de se payer très cher. La construction d’une ferme-usine et d’un méthaniseur en amont du lac du Drennec était une aberration. Elle est désormais, à l’aune de ces dernières semaines, une faute grave qui met en péril la qualité d’une eau qui approvisionne 300.000 habitants.

Elle le fait par sa connaissance intime et quotidienne du domaine dont elle a la charge, constatant les effets favorables ou délétères de types de gestion du territoire, ayant accumulé à travers sa pratique une masse considérable de connaissances. Une illustration du concept de sciences citoyennes.
Elle le fait par le constant travail de gestion et d’observation au plus près fourni tant par les bénévoles que par la toute petite équipe de professionnels. Gestion des berges et de la ripisylve du cours principal et des affluents, protection des zones humides, limitation des espèces invasives, gestion d’une structure de production de salmonidés de souche sauvage… Ceci depuis plus d’un demi- siècle. Qui dit mieux ?
Elle le fait enfin en produisant du bonheur, de l’émotion et de la cohésion sociale. Et ce n’est pas la moindre de ses fonctions. Les opinions de ses membres peuvent diverger sur bien des sujets et sont le reflet de la diversité de la population bretonne, mais ce qui les lie, à travers la pêche, c’est bien cet engagement pour que le domaine dont elle a la charge soit le plus résilient possible au grand changement qui est désormais là.
Engager la question de l’adaptation.
Il est arrivé que nos actions – et notamment notre condamnation des atteintes a l’environnement de toutes sortes – soient classées dans la catégorie réductrice de » l’écologie punitive « . Mais convenons qu’avec 40° à Landerneau où à Sizun, la vraie punition, extrêmement violente de surcroît, c’est bien l’absence de prise en compte des effets délétères de notre type de développement qui nous mène à la catastrophe.
A notre échelle nous avons devant nous l’immense chantier de l’adaptation à ces nouvelles conditions. Et sous cet angle, tout reste à faire et nous ne pourrons pas le faire seuls.
Il faudra bien que tous se mettent autour de la table. C’est maintenant ni plus ni moins qu’une affaire de Salut Public.